Severine, la gardienne pacifiste

Mis à jour : avr. 15

Sève. Sève dont le prénom annonce l'intention, est un être profondément sensible et ancré dans le présent pour faire le lien entre traditions et modernité. Ses créations artistiques, ses écrits et ses préparations alchimiques m'émerveillent de jour en jour en faisant battre mon cœur d'une envie frénétique de connexion au vivant.

Animiste et créative, elle offre avec une humilité inspirante, un regard bienveillant et poétique sur la Nature, la société et l'Humanité.

"Une pluie d'Humanités" que Severine a à cœur de voir déferler sur la planète pour rayonner, ensemble, la douceur et l'engagement. Engagement envers tout ce qui vit, envers les cultures ancestrales sources de sagesses, envers une société plus en harmonie avec la Terre et envers chacun-e : construire son équilibre intérieur pour être pleinement.


C'est avec courage et dévotion que Severine nous transmet ses messages, aussi vibrants qu'intemporels. Faire changer le Monde en créant des imaginaires fertiles et poétiques. Une expérience sensible et révélatrice du vivant que l'inspirante gardienne du temps présent, pacifiste et déterminée, nous dévoile dans cet interview.


Pour en apprendre davantage sur cette femme épattante :

https://nesdelaterre.co/


(French only)


1. S'inscrire dans la grande et riche lignée des femmes et hommes médecines s'apparente à un honneur, une joie et une responsabilité aussi. Comment fut le processus pour accueillir cette "mission de vie" ?


Je me sens humaine avant tout. Et ce fût mon chemin, accueillir une pluie d’humanités.

Les lignées de chamanes ici en France n’existent plus depuis fort longtemps. Nous faut-il aller à l’autre bout du monde pour recevoir l’approbation d’appartenir à une grande lignée, en étant né-e en France ? Même si nous avons parfois besoin de résonance lointaine pour voir des trésors en nous… Cela reste intime. Dans des temps anciens, la culture chamanique en Europe était celle des druides, encore aujourd’hui, dans d’autres contrées, ce sont les sorciers ou chamanes, les curandera ou guérisseurs (hommes ou femmes) qui pratiquent des rituels avec les plantes, la transe et les arts de guérison.

En France, les guérisseurs et rebouteux ont perduré dans nos campagnes dans une forme de médecine populaire, dans lequel, je puise des racines, ainsi que dans celle des plantes médicinales appelées les “simples”. Ces pratiques se font encore dans “l’arrière cuisine”, le chamane ou guérisseur est au service de sa communauté et a bien souvent un “métier” ou une activité manuelle. Dans ma famille et ma lignée, le don de guérison est lié à la nature, celui des arbres et des fleurs, par la cuisine, le toucher du cœur et les mains. Mes ancêtres, mes parents, n’ont pas intellectualisé cela ; ils m’ont offert du temps et des apprentissages de terrain, en cuisine, au jardin ou en forêt, depuis ma venue au monde, ET d’être au service des autres, de la communauté.


Photo by Laura Wencker ©

Vers la trentaine, quand je suis partie en quête du monde, pour explorer d’autres cultures, j’ai rencontré des guérisseurs - sans chercher ces rencontres, et j’ai vécu des expériences de transe, sans prise de plante ni tambour, car ce n’était pas leur tradition. Là, j’ai compris qu’il y avait cet autre possible, cette porte qui m'effrayait enfant : les visions. Quelque soit l’espace temps. Passé-présent-futur. L’espace et le temps sont des illusions. Ces guérisseurs avaient tous trois points communs : la connaissance des plantes, les arts et une grande simplicité. Mes initiations, de retour en France, se feront toutes ainsi, sur le terrain, des rencontres fortuites, parsemées de regards francs et humbles, des paysans et des paysannes, des guérisseurs connaissant les plantes médicinales, des cérémonies de guérison d’une grande simplicité, sans plume ni tambour. Il m’a fallu entrer dans cette voie, avec une foi absolue, (me) faire confiance.

Et surtout, accueillir ; me faire terre d’accueil avec ce que je suis. Cette fin de dernière décennie, après presque 25 ans d’apprentissages et d’intégration de différentes médecines comme l’ayurveda, des rituels, des pratiques et préparations des herbes de notre pharmacopée, mêlés à ma propre guérison et médecine, fût de lâcher tout. Me détacher de leur histoire, celle de mes lignées, de la mienne, parce que je n’étais pas eux et ils n’étaient pas moi, et je n’étais pas mon histoire, simplement faire avec ce que j’étais, avec cette énergie de vie. In-carner ma propre médecine.

Le livre Alchimie végétale a été une porte magnifique pour ce pas-çsage.

Ma mission de vie n’est pas plus importante que celle des autres. D'ailleurs, en ai-je vraiment une ? En revanche, je crois que si nous ignorons et n’honorons pas les dons qui sont là en surface ou enfouis au fond de nous, comme des trésors, et ne demandent qu'à vivre à travers nous. Alors oui, peut être que nous passons à côté de cette “mission de vie”. Par peur, manque de courage bien souvent. Et la maladie pour moi, est le premier signe qui me montre qu’une personne n’est pas en lien avec ses dons, ne veut pas les voir ou les faire vivre à travers elle. L’énergie se retourne contre soi, jusqu’à nous tuer parfois. Notre responsabilité est donc de comprendre et de l’accepter, de la laisser vivre à travers nous.


Ma responsabilité est quand mon regard croise celui d’un autre être humain, vivant, est de rester dans mon humanité et ma vérité pour lui renvoyer l’éclat de sa propre lumière, qu’elle que soit sa nature.


2. Tes pratiques '' d'Arts sauvages " sont-elles des formes de méditation en action, association esthétique et intentions/messages ?


Si je parle d’Arts sauvages - qui est une de mes formes d’expression artistique, c’est pour explorer et interpeller sur ces deux parts en nous, l’une connue, l’autre inconnue.

L'une lumineuse et l’autre plus sombre.

L’une et l’autre ne font qu’Un. un regard que nous nous posons sur le monde, une tangente divergente pour questionner et ouvrir des espaces. Si nous sommes honnêtes, dans notre vérité nue et crue, ce regard entre en résonance avec nos propres errances et réflexions. Ce n’est pas un regard plaqué / collé mais qui sort de la matière / matrice. Conscient.

L’art est une forme d’interprétation du monde, un regard que nous nous posons sur le monde, une tangente divergente pour questionner et ouvrir des espaces. Si nous sommes honnêtes, dans notre vérité nue et crue, ce regard entre en résonance avec nos propres errances et réflections. Ce n’est pas un regard plaqué / collé mais qui sort de la matière / matrice. Conscient.

Photo by Laura Wencker ©

Sur le chemin spirituel, quel qu'il soit, vient ce temps de domestication “spirituelle” : on se polisse encore plus, on rentre dans ce qui est attendu et on devient de plus en plus dans le contrôle pour montrer un “visage” aimable et aimant. On “porte le costume”, on sourit “blanc” et on pratique la langue blanche (ce qui est assez négatif pour certaines traditions, car cela détourne l’autre de sa vérité, et soi-même de la sienne).


Revenir à cette part sauvage, c’est accepter son autre partie, et l’intégrer pleinement pour être ré-uni dans nos polarités. Et accepter d’être tout cela, inconstant, non cohérent, non aligné, organique et brut. La Nature est tout cela. Jamais un arbre ne pousse droit et parfait, il suit la ligne de forme, s’adapte en permanence à l’écosystème, au terrain et aux aléas, il pousse en donnant des formes incroyables, donne des fruits parfois, d’autres années non. Il ne se juge pas pour autant. Il ne revendique ni sa force ni sa faiblesse, ni ses dons. Il ne se compare pas. Il Est.

Plus qu’une méditation, c’est une acceptation radicale.

Cette interprétation poétique et proposition artistique sont en résonance avec mon cheminement et ce que dont j’ai fait l’alchimie.


3. L'image de l'arbre revient souvent dans tes publications tes ouvrages. Est-ce un moyen pour toi de te re-connecter à tes propres racines ?


L’arbre et l’homme sont très proches.

La sève est notre sang par exemple. Une forêt est un écosystème qui peut nous inspirer en tant que société. Quand j’accompagne des comités de directions, nous travaillons avec ces analogies qui permettent de rendre un langage clair, compréhensible par tous et de percevoir la nature et la nature humaine autrement, d’avoir une vision organique d’une entreprise ou d'une personne et de son développement. Nous sommes dans une société sur-informée qui intellectualise tout ; revenir à la simplicité est une manière de faciliter la transmission et de voir autrement.


Photo by Laura Wencker ©


4. Nés de la Terre, un pont entre savoirs traditionnels et contemporanéité où l'écologie, la bienveillance et la quête d'équilibre sont à l'honneur ?


En tant qu’être, nous nous inscrivons dans une longue lignée humaine, et je crois que le propre de l’Homme, depuis que le monde est monde, et de faire en sorte que les traditions perdurent, tout en explorant des voies nouvelles et en apportant une forme de modernité.

Je n’échappe pas à ce mouvement, et suis très à l’aise avec cela car c’est aussi ma manière d’exprimer l’énergie qui vit en moi : de créer et de la faire vivre, en accord avec son temps. Le temps de cette vie, celles d’avant et celles d’après. Il y a une histoire dans l’Histoire. Une vie dans la Vie. Une Unité dans le grand Tout.


Mes messages se veulent simples et mes propositions concrètes pour les rendre accessibles à tous-tes, car si 1+1 changent et ouvrent autour d’eux/elles de nouvelles perspectives, nous pouvons vraiment permettre et faire advenir un changement global, sociétal et durable répondant ainsi aux enjeux auxquels nous devons faire face.

Pour moi, le combat n’est pas dans l’agressivité et la dureté des messages, la peur ou la menace. Construire par opposition n’a jamais été ma tasse de thé, en revanche, je ne suis pas dans une énergie passive non plus. La bienveillance et la quête d'équilibre sont des bouts du chemin à leurs débuts, on change pour aspirer au bonheur et à l’équilibre. Ce sont aussi des illusions, car la nature n’est jamais en équilibre, elle n’est pas non plus bienveillante. Elle Est. La vie nous demande un certain engagement actif, énergie yang, tout en restant très flex et réceptif, énergie yin ; c’est une danse permanente.

L’image qui me vient, est celle d’un être mi-homme mi-femme qui pratique son art du Tai chi en haut d’une montagne, tel un guerrier pacifiste : être en mouvement rapide et lent, maîtrisés et libres, pour créer sa propre danse avec les éléments, et laisser son âme s’exprimer.

C’est ce que j’essaie de proposer, d’ouvrir comme espace de réflexion, d’inspiration et de création. Quelle que soit la voie choisie, entrer en résonance avec la Nature pour reconsidérer le sens de son action dans un flux de vie et de création permanente.

Que vous soyez chef d’entreprise ou artiste, parent ou ingénieur, c’est remettre de la vie. Le mouvement avec les éléments.


5. Je remarque souvent l'idée de "Terre fertile" dans tes textes, tes partages, l'image d'une force féminine et créative/créatrice. Peux-tu nous en dire davantage ?


La Terre, est un élément singulier qui inclut tous les éléments (minéral, végétal, animal, humain). Elle renvoie aussi au corps d’un être humain. Parler de sa terre quand on parle de médecine est essentiel : sa terre où l’on est né, sa terre en tant que corps avec ses spécificités, sa nature, ses besoins propres.

La fertilité est le principe même de la Terre, du vivant. Partout, elle ensemence, amène la vie, la sème à tout vent et en tout lieu, même après un désastre, une bombe nucléaire, un tsunami, des feux... la vie repart et quelques années après, un nouvel écosystème est là. La Terre est d’une résilience incroyable! Nous pouvons nous inspirer de cette résilience, pour être suffisamment engagés dans nos choix et notre volonté de faire le bien pour nous et autour de nous, suffisamment flexibles et adaptables pour accepter les conditions qui sont là, être créatifs pour puiser de nouvelles inspirations de process et solutions, et savoir se détacher du résultat, car nous faisons pour les autres, pas pour nous. D’abord, nous servons dans la création.


Notre société moderne a amené une standardisation de nos pensées et modes de vie, de nos sciences médicales et de l'éducation. Nous sommes devenus des êtres domestiqués et industrialisés. Revenir à notre part sauvage, nous rendre fertile, c’est ramener le principe de vie, aussi insaisissable et en apparente “anarchie” soit-elle, la vie est cette nature non domestiquée organisée douée d’une intelligence rare. Il faut laisser circuler. Les savoirs, nos énergies, nos créations, l’amour comme flux pour édifier une civilisation de l’amour, et non du capital.

La fertilité est la plus belle expression du souffle de vie, l’Ame.


Photo by Laura Wencker ©

6. Pour les personnes non-initiées aux pouvoirs des plantes, quels seraient tes invitations pour les rencontrer et les intégrer au quotidien ?


Nous pouvons déjà l’inviter chez soi : installer des plantes dans son lieu de vie, même en ville, et en prendre soin comme des êtres vivants.

Manger vivant et de saison, des légumes, des fruits, frais tout ce que la nature donne, et même de la cuisine vivante. La cuisine de rue métissée et incarnant les cultures populaires est une des meilleures cuisines, où que nous soyons dans le monde, même ici à Toulouse ou à Paris. Même si les ingrédients ne sont pas tous bios, la personne fait son marché qui est le lieu de vie humaine, fertilise les aliments et les plats par son amour et sa fierté à continuer de nourrir la vie par la vie.

Enfin, c’est aller rencontrer la nature, se laisser toucher, où que vous viviez.

En ville, des jardins sublimes sont là pour nous rappeler le cycle du vivant, les floraisons, les couleurs d’automne, la poésie et la beauté de la Nature… A Toulouse, le jardin japonais est un lieu spirituel de contemplation et de rencontre avec la beauté de la Nature. Lorsque vous partez en vacances ou week-ends, faites attention et soyez présents pour honorer la beauté des lieux où vous êtes, non pas avec votre mental qui juge et compare, ou votre téléphone, mais avec votre coeur, se laisser toucher par et avec le coeur. Un coucher de soleil, un arbre majestueux, la mer ou la montagne peu importe. La beauté est partout, elle s’offre sans retenue à ceux qui veulent la percevoir.


Ensuite, lors de vos balades, citadines ou en campagne, laissez-vous appeler par les arbres et plantes, même coincées entre deux pavés, il est fort possible qu’elle soit une médecine de rue. A sa manière. Une application communautaire comme plant@net permet de les identifier et d’apprendre ensuite à les connaîtres. C’est justement une manière contemporaine d’utiliser nos outils pour continuer à faire vivre nos traditions.

La nature est guérisseuse chaque jour, chaque instant, sans rien faire, si ce n’est être à son contact. N’attendons pas d’être malade pour nous dire de changer de mode de vie ou d’utiliser les plantes comme source de guérison.


Sèverine express :


7. Un paysage ?

C’est un paysage sonore qui est silence et bruit étouffé d’une rivière coulant en bas, dans la vallée, du lever du soleil entre brume et montagne, les ombres des arbres nus en hiver sur la crête.


8. Une plante ?

Le noisetier, il est des plus communs, souple et ferme, de taille moyenne et c’est un arbre pionnier. Quand la vie repart dans un lieu, le noisetier n’est jamais très loin. Sa feuille en forme de cœur porte la signature de sa générosité et sensibilité. C’est l'arbre des sourciers, il est nourrisseur toute l’année et très fertile (il fait beaucoup de rejets pour s’implanter). Il est l’équilibre parfait du yin et du yang.


9. Une citation ?

"La vie comme une danse,

sous une pluie d’humanité. "

C’est mon mantra personnel.



10. Un rêve ?

Celui de rêver notre monde, avec un autre langage, poétique et onirique, telle la nature. Que nous ayons tous une foi absolue en nous et notre alliance avec la nature pour oeuvrer vers une civilisation de l’amour, en accepter les enjeux auxquels nous avons à faire face. Se lever et créer ensemble. Nous pouvons encore vivre sur des terres et en humanités vivantes.



Photo by Laura Wencker ©

C'est avec honneur et gratitude que j'ai eu l'immense plaisir de partager les visions et intentions poétiques et bienveillantes de Sève, si chère à mon coeur.

Merci, pour nous, en tant qu'espèce, pour la Nature et les générations futures.

Que la sagesse et l'Amour guident nos pas.

Merci encore Severine, Née de la Terre.




Toutes les photographies ont été prises par Photo by Laura Wencker © en collaboration avec Severine Perron.





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